Faire grandir le savoir : l’agriculture communautaire comme voie vers le développement durable
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Dans de nombreuses communautés rurales et semi-urbaines, la terre est à la fois une source de subsistance et un symbole de potentiel. Mais lorsque les connaissances sur l’agriculture durable sont limitées et que les ressources se font rares, ce potentiel reste souvent inexploité. C’est là que les Programmes d’Agriculture Communautaire (PAC) — comme ceux développés par la Fondation Inshindo en Zambie — prennent tout leur sens.
L’agriculture communautaire, ce n’est pas seulement cultiver la terre. Il s’agit de transformer les mentalités, de restaurer la relation à la terre et de bâtir des systèmes alimentaires à la fois respectueux de l’environnement et équitables sur le plan social. Lorsqu’une communauté est dotée de connaissances pratiques et d’un sens moral fort, l’agriculture devient un chemin vers un développement durable, et non un simple moyen de survie.
Une réponse locale aux défis mondiaux
La hausse des prix alimentaires, la dégradation des sols, le changement climatique et l’exode rural ne sont que quelques-uns des défis auxquels de nombreux pays africains sont confrontés. En Zambie, où plus de la moitié de la population vit en zone rurale et dépend de l’agriculture, le besoin de pratiques résilientes et durables est particulièrement pressant.
L’agriculture communautaire apporte une solution locale. Plutôt que d’attendre une aide extérieure ou des technologies importées, des programmes comme le PAC s’appuient sur les capacités déjà présentes dans la communauté. Ils valorisent les savoirs traditionnels, les enrichissent par des principes scientifiques, et mettent en place des structures collaboratives favorisant l’innovation et le service. Il ne s’agit pas seulement de semer des cultures — mais de faire grandir des compétences, de renforcer la confiance en soi et de nourrir la coopération.

Apprendre en faisant : le rôle de l’éducation
L’un des aspects les plus puissants de l’approche d’Inshindo est l’intégration de l’éducation à chaque étape du développement agricole. Grâce à la collaboration avec le programme Préparation à l’Action Sociale (PAS), les participants apprennent la composition des sols, les techniques d’agriculture biologique, la lutte contre les parasites, ainsi que l’importance de la biodiversité.
Mais peut-être plus important encore, ils apprennent à considérer l’agriculture à travers une perspective morale et sociale. Des questions telles que : « Comment pouvons-nous servir notre communauté grâce à l’agriculture ? » ou « Quelle est notre responsabilité envers l’environnement ? » deviennent des principes directeurs.
Cette fusion entre connaissances scientifiques et conscience éthique transforme l’agriculture d’une tâche routinière en un acte de service porteur de sens.
Des potagers aux fermes de démonstration
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Dans des districts comme Kabwe et Mwinilunga, des jeunes et des adultes participants ont lancé des projets allant de petits potagers familiaux à de grandes parcelles de démonstration. Ces espaces remplissent plusieurs fonctions : ils produisent de la nourriture, offrent des opportunités de formation et servent de modèle de bonnes pratiques pour les foyers environnants.
Par exemple, un groupe de diplômés du programme PAS dans la province méridionale a mis en place un jardin qui nourrit aujourd’hui 25 familles et vend ses excédents au marché local. Grâce au compostage, à la rotation des cultures et à des techniques de conservation de l’eau, ils ont augmenté les rendements tout en réduisant les coûts — et ont inspiré d’autres jeunes à les rejoindre.
« Nous n’avons pas attendu qu’on nous donne des terres ou du matériel, » explique Chisala, l’un des participants. « Nous avons commencé avec ce que nous avions. L’apprentissage nous a donné le courage d’agir. »
Gestion de l’environnement et vision à long terme
Les programmes d’agriculture communautaire contribuent également directement à la santé de l’environnement. Grâce à des efforts de reboisement, au compostage et à la lutte naturelle contre les parasites, ces projets restaurent la fertilité des sols, préservent la biodiversité et réduisent l’utilisation de produits chimiques nocifs.
En 2023, avec le soutien de partenaires tels que Planting Hope et TwoWings, la Fondation Inshindo a lancé une initiative de plantation d’arbres dans plusieurs provinces. Des milliers d’arbres indigènes ont été plantés à proximité des écoles, des fermes et des sources d’eau — améliorant le paysage tout en sensibilisant les communautés à la valeur à long terme de la conservation.
Ce qui rend cette initiative unique, c’est son intégration avec l’éducation : les pépinières d’arbres sont gérées par des jeunes locaux qui appliquent les connaissances acquises dans les cours de PSA et d’agriculture. Cela garantit la continuité, l’appropriation locale et un changement de mentalité générationnel.
Construire une culture du progrès collectif
L’impact le plus profond de l’agriculture communautaire est peut-être son effet social. En travaillant ensemble sur des parcelles communes, en discutant ouvertement des défis et en consultant pour s’améliorer, les membres de la communauté développent la confiance, l’unité et une vision partagée.
Les agriculteurs ne se considèrent plus comme des individus isolés luttant pour survivre. Ils deviennent plutôt membres d’un réseau d’apprenants et de collaborateurs, engagés à améliorer la vie non seulement pour eux-mêmes, mais pour tous ceux qui les entourent.
Cette culture du progrès collectif est la base même du développement durable. Elle résiste à la dépendance. Elle valorise la dignité. Et elle célèbre la puissance des savoirs et de l’initiative locaux.
Regard vers l’avenir : étendre et pérenniser
Le chemin est loin d’être terminé. Des défis subsistent : l’accès à l’eau, aux outils, aux semences et aux marchés reste inégal. Certaines communautés font face à des litiges fonciers ou ont besoin d’un soutien technique supplémentaire.
Mais les bases sont solides. Grâce à des partenariats en croissance, à un engagement éducatif plus profond et à un intérêt croissant parmi les jeunes, l’agriculture communautaire en Zambie est prête à s’étendre — atteignant davantage de villages, d’écoles et de familles.
Et peut-être plus important encore, elle cultive un nouvel état d’esprit : celui selon lequel le développement commence de l’intérieur, et que lorsque les communautés sont autonomisées pour faire croître leur propre savoir, elles peuvent aussi faire croître leur avenir.
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